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Directeur de publication : Mohamed Khartouf
Tourism

Crise de l’artisanat à Marrakech.. Ainsi a disparu la « Sanaa »

♦Abderrazak Boutemzazar 

Marrakech est depuis longtemps réputée pour ses produits d’artisanat traditionnel, façonnés par des maâllemin (maîtres artisans) au savoir-faire exceptionnel, qui donnent naissance à de véritables chefs-d’œuvre mettant en lumière le génie créatif des artisans marocains.

Ce patrimoine artisanal rayonne tout particulièrement dans les villes dites « historiques », telles que Fès, Meknès, Essaouira, Rabat et bien sûr Marrakech, où des métiers ancestraux ont forgé la renommée de l’artisanat national, enrichissant les commerces de ces créations dont la notoriété dépasse les frontières, et les touristes, notamment à Marrakech, « capitale touristique » du Royaume, en font souvent des souvenirs précieux de leur séjour

Aujourd’hui, à l’heure où le secteur du tourisme souffre durement des répercussions des tensions au Moyen-Orient et dans d’autres régions du monde, les maâllemin restants, témoins d’un âge d’or révolu, peinent à survivre dans un climat marqué par le désintérêt croissant pour leurs produits.

Une crise silencieuse s’installe, soulevant de sérieuses interrogations sur l’état actuel de l’artisanat à Marrakech, dans un contexte de déclin du secteur, de disparition progressive des maîtres artisans, de départs à la retraite ou de reconversions forcées.

Il suffit de parcourir brièvement certains des quartiers emblématiques de la médina de Marrakech – comme Riad Zitoun, Sidi Bouchich, Kennaria ou encore Qazzadriya – pour constater l’ampleur des transformations. Les anciens ateliers d’artisans ont souvent cédé leur place à des snacks, des bars à jus ou à des magasins vendant des produits d’apparence artisanale, mais dont la « touche chinoise » trahit la fabrication.

Cette prolifération de produits importés à bas coût représente l’un des facteurs majeurs de la régression de l’artisanat traditionnel marocain mais ce phénomène ne date pas d’hier ,la crise que traverse aujourd’hui le secteur de l’artisanat est en réalité le fruit d’un enchevêtrement de contraintes accumulées au fil des années.

Nombre de métiers artisanaux sont désormais en voie d’extinction, voire ont totalement disparu. Parmi les principales difficultés auxquelles fait face le secteur figurent : la flambée des prix des matières premières ; la reconversion des artisans vers d’autres activités telles que la livraison, la sécurité dans les résidences, ou encore le travail dans les hôtels ; la hausse des loyers des locaux professionnels ; la prolifération des ferrakhchia (revendeurs), qui exploitent la précarité des artisans en leur achetant leurs créations à bas prix pour les revendre à prix fort aux touristes ; l’absence de financement bancaire, faute de garanties ; la rareté des zones industrielles dédiées à l’artisanat ; la mainmise des courtiers et intermédiaires sur les expositions artisanales et les circuits d’exportation.

À cela s’ajoutent l’absence de formation continue, la pénurie d’apprentis due à la faiblesse des salaires et aux faillites successives des ateliers, ainsi que la cherté de la vie à Marrakech – notamment le coût élevé des loyers – poussant de nombreux artisans à quitter la ville.

Le secteur souffre également de l’hégémonie de certaines entreprises qui monopolisent les marchés de distribution, tant sur le plan national qu’international, et du contrôle exercé par les guides touristiques (officiels ou non) qui orientent les visiteurs vers des centres commerciaux partenaires fonctionnant selon le système des commissions.

Et pourtant, malgré la contribution significative de l’artisanat aux exportations et aux recettes en devises, l’artisan reste la première victime de cette situation, dans une ville dont l’économie repose presque exclusivement sur le tourisme ,ce professionnel marginalisé et exploité devrait pourtant bénéficier d’un véritable accompagnement : subventions pour l’achat de matières premières, ouverture de marchés sans intermédiaires, protection juridique de ses créations, accès au e-commerce, et surtout, un assainissement en profondeur du secteur, libéré de l’emprise des spéculateurs et des revendeurs opportunistes.

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