Tourisme: On brade les hôtels à Marrakech!
- Prix moyens et marges en baisse continue, malgré une croissance à 2 chiffres
- Objectifs éloignés des destinations que la ville challenge
- L’environnement et la mise à niveau urbaine en dégradation y contribuent
Signe de l’évolution du tourisme, la croissance à deux chiffres de Marrakech ne réduit pas les problèmes du secteur et Marrakech n’est pas parvenue à sortir son épingle du jeu. Selon les professionnels, il n’y a pas de quoi être euphorique. D’abord, cette «fausse croissance» rattrape à peine les pertes de 2011. Et à leurs yeux, les nuitées et les arrivées sont loin de refléter les indicateurs clés d’une destination touristique. L’évolution du secteur fait qu’aujourd’hui, c’est le volume des revenus du tourisme qui prime, comme le souligne l’Organisation mondiale du tourisme. Son directeur exécutif, Frédéric Pierret, recommande d’ailleurs une révision des politiques publiques du tourisme qui devraient tracer les stratégies en fonction de cette évolution.
A Marrakech, baromètre de l’activité touristique au Maroc, et malgré la croissance affichée, la valeur ajoutée du tourisme est quasiment écrasée. Sur le terrain, cela se traduit par des marges, nerf de la guerre, qui se tassent de manière consécutive depuis 6 ans. «On a très peu de marges de manœuvre au niveau des prix et personne n’en parle», reconnaît un professionnel de la place lors du sondage réalisé par la rédaction auprès des hôteliers de Marrakech. «Les marges bénéficiaires de l’hôtellerie se sont dégradées en perdant 10 à 15 points face à des charges comme l’énergie et les salaires qui ont crû à 2 chiffres», poursuit-il. Les recettes accusent une baisse de 2% depuis plus de deux ans et ce constat n’est signalé nulle part et encore moins dans le contrat-programme régional de Marrakech Atlantique. Et pour arrêter cette érosion et remonter les prix, il faudra plus de deux années de reprise avec un accompagnement politique pour augmenter l’attractivité de la destination, estiment les professionnels les plus optimistes. Pour cela, il faudra d’abord travailler sur la mise à niveau urbaine qui demeure un des facteurs les plus importants pour déterminer les prix des prestations hôtelières. Et à ce niveau, la vision 2020 et le contrat-programme régional restent très modestes. Sous d’autres cieux, les autorités nationales et locales sont conscientes de l’impact économique et deviennent des acteurs majeurs de la filière en s’investissant directement dans le développement des équipements structurants. Ce n’est pas le cas à Marrakech. Et tant que cette prise de conscience fait défaut, il sera difficile de concourir dans la cour des grands où les prix hôteliers, toutes catégories confondues, sont plus déterminés par l’emplacement et l’environnement autour des établissements. C’est cette implication des autorités locales et nationales que recherche le secteur privé à Marrakech avec une réelle priorité pour le tourisme. Or, le projet de la loi de finances 2014 n’a pas été propice pour le tourisme et confirme que le secteur n’est hélas plus dans les priorités du gouvernement, regrette Fouzi Zemrani, voyagiste et ex-président de la fédération des agences de voyages. Les professionnels marrakchis le déplorent tout comme ils déplorent les solutions de dernière minute et la nouvelle taxe de l’aérien brandie comme solution magique pour la promotion du tourisme. Cette nouvelle imposition suscite d’ailleurs de grandes interrogations. Sur son bien-fondé tout d’abord. «C’est un risque que prend la destination Maroc en ajoutant une taxe dans une conjoncture très fébrile», estime un autre professionnel. Et les TO, qui représentent 30 à 40% du volume de Marrakech et qui ont fait des efforts pour maintenir la programmation sur cette dernière, commencent déjà à réagir. Certains TO demandent juste de différer l’entrée en vigueur de cette taxe prévue en avril 2014, car ils ont déjà lancé la publication des brochures. D’autres tour-operateurs ont des critiques plus virulentes et refusent ouvertement cette taxe. Ils estiment déjà très réduites leurs marges, face à l’évolution du tourisme. Enfin, les compagnies aériennes low-cost qui opèrent sur Marrakech affichent aussi leur réserve et attendent de voir la mise en œuvre de cette nouvelle taxation pour réagir officiellement. Conscients et très sensibles au contexte économique marocain, les professionnels de la ville locomotive du tourisme, bien qu’ils ne soient pas tout à fait contre, restent dubitatifs concernant la mise en œuvre de cette taxe (voir encadré).
Une vraie réforme des taxes touristiques
C’est ce qu’espèrent les professionnels du tourisme. Ceux de Marrakech gardent toujours l’espoir d’une véritable réforme de l’ensemble des taxes (TPT, taxe communale de séjour et taxe aérienne) à l’horizon 2015 pour en faire profiter pleinement le tourisme. Pour rappel, le secteur privé avait été le premier à tirer la sonnette d’alarme en 2004 sur les moyens à mettre à la disposition de la promotion et avaient même fait des propositions. A l’époque, la FNT avait suggéré de faire sortir la TPT (taxe de promotion touristique) du périmètre hôtelier et de la déplacer vers les titres de transport internationaux afin de la récupérer autrement avec en plus une amélioration. Cette option n’avait pas été retenue et, aujourd’hui, le secteur doit subir une nouvelle taxe.
leconomiste




